T.D.A.H. Ce trouble qui agace

Cette image vous l’avez sans doute vue passer plusieurs fois sur les réseaux sociaux. En fait, tous les ans, au moment de la rentrée. Peut-être l’avez-vous même partagée ?

C’est vrai qu’elle s’attaque, avec ironie, à un vrai phénomène de société : le manque de respect croissant pour le corps enseignant, non seulement de la part de nos enfants, mais aussi, souvent, de la part des parents d’élèves.

Et pourtant, bien que je puisse rire de beaucoup, beaucoup de choses, j’avoue que cette blagounette me gêne un peu … Sans doute, parce qu’elle traite d’un vrai handicap. Mais, je ne vais pas le cacher, aussi parce qu’elle me touche directement.

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler du T.D.A.H.

Le Trouble Déficit de l’Attention avec Hyperactivité est un syndrome bien réel. Qui, sans être grave – attention, je ne cherche absolument pas à faire pleurer dans les chaumières – est souvent difficile à vivre pour l’enfant et pour son entourage.

Le TDAH c’est quoi ? C’est un trouble neuro-développemental qui apparait durant l’enfance (avant 12 ans). Il regroupe trois symptômes principaux, avec une prévalence plus ou moins forte de certains :

  • L’inattention
  • L’impulsivité
  • L’hyperactivité.

Vous allez me dire : « tous les enfants bougent, sont impulsifs et ont du mal à se concentrer ». C’est vrai ! J’en ai cinq à la maison et il est clair qu’ils sont tous experts en parcours motricité avec les meubles et la vaisselle de la salle à manger, qu’ils me coupent au moins 5 fois la parole lorsque je prononce une phrase de plus de 10 mots et qu’ils sont bien incapables de suivre la dictée de Pivot.  

Mais j’en ai un qui est un peu différent… Et depuis toujours. Mon ainé, Stanislas. Stanislas a toujours fait preuve d’une grande vivacité et de beaucoup de gentillesse. Il a été diagnostiqué avec un TDAH à 5 ans, DYS à 7 (eh oui, environ 8 enfants TDA/H sur 10 présentent un trouble associé (Sobanski, 2006)).

Le TDAH, c’est un syndrome assez connu dans ma famille. Il touche souvent les ainés depuis quelques générations. J’ai grandi avec mon cousin TDAH : le voisin de télé qui passe son temps à sauter d’un canapé à l’autre tout en étant fasciné par Derrick démasquant Hans le tueur, c’est un souvenir familier.

Concrètement Stanislas, c’est un peu le marsupilami qu’on aurait croisé avec un chaton et Gaston Lagaffe. Je m’explique : il ne tient pas en place, saute partout (parfois en criant Houba Houba), suit tout papillon qui passe et, comme il est incapable de réfréner une envie, dit souvent des sottises (Karamazoff fils unique).

Pour nous c’est un peu compliqué… « Stanislas… Stanislas. Stanislas ! STANNNIIIISSSLLLLAAAAAASSS !!!! Tu m’écoutes ?!! ». On s’égosille, on s’impatiente, on s’énerve… Bref on perd beaucoup d’énergie.

Prenons l’exemple de l’habillage. Pour aller plus vite, nous préparons les vêtements et les sacs la veille.

7h20 : Stanislas prend sa pile de vêtements et part s’habiller dans sa chambre. Sur le chemin, il fait tomber son slip, puis ses chaussettes. Oh, le chien gratte à la fenêtre. Il lâche tout, court ouvrir la porte fenêtre puis, comme les fleurs ont l’air de sentir bon, se dirige vers elles. Là, il croise le poteau de la pergola. C’est le meilleur moment pour escalader ! Hop Hop hop, le voilà en haut. Aïe, il faut qu’il aille aux toilettes. Oh, mais que voilà, un magazine tout à fait passionnant sur le marché du vin. Le monsieur a une drôle de tête sur la couverture. Stanislas serait bien mieux dans un lit pour lire ce futur prix Goncourt. Alors, il s’installe confortablement sous la couette encore chaude de notre lit…

7h45 : Stanislas n’est pas habillé et ne sait même plus où il a mis ses vêtements.

On crie, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie.

7h50 : Stanislas est enfin habillé. Il file s’installer dans la voiture. Bien sûr, il n’a ni son sac, ni son masque, ni ses chaussures…

Je me plains, parfois. Je ris aussi, souvent, avec mon mari.

Puis toujours je suis rattrapée par cet arrière-goût de tristesse. Car cet enfant, au comportement si agaçant, dépense au quotidien une énergie considérable à essayer d’être comme les autres… Mais en plus, il doit accepter d’être réprimandé dix fois plus que les autres, de manquer la moitié des câlins parentaux et je ne compte pas les bisous. Et franchement ça, c’est pas juste.

Alors, quand je vois cette image, je grince un peu des dents. Parce que non, le TDAH  n’est pas un phénomène de mode. C’est le trouble psychopathologique le plus fréquent, il touche 5% des enfants dont les trois-quarts sont des garçons ((Polanczyk, Willcutt, Salum, Kieling, & Rohde, 2014). Ce qui signifie que, statistiquement, dans la classe de votre enfant, il y a un voire deux TDAH… qui n’ont pas demandé à naître comme cela et qui, bien malgré eux, feront sûrement vivre un petit calvaire à leurs professeurs et camarades de classe.  

Pour en savoir plus :

https://www.tdah-france.fr/IMG/pdf/tdah_2020_fiche_enseignants_04_1_web.pdf?1154/da53648530937e0b0d15dc2b8ded440497ef5bd0

Sobanski, E. (2006). Psychiatric comorbidity in adults with attention-deficit/hyperactivity disorder (ADHD). Eur Arch Psychiatry Clin Neurosci, 256 Suppl 1, i26-31.

Polanczyk, G. V., Willcutt, E. G., Salum, G. A., Kieling, C., & Rohde, L. A. (2014). ADHD prevalence estimates across three decades : an updated systematic review and meta-regression analysis. Int J Epidemiol.

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